Autres fouilles Françaises

Sedeinga

2009-2013

Sous la direction de Claude Rilly et Vincent Francigny.

Equipe : Agathe Chen (anthropologue), Vincent Colard (archéologue, topographe), Romain David (céramologue), Hélène Delattre (pré- et protohistorienne, archéologue), Sandra Porez (dessinatrice), Elsa Yvanez (archéologue), Haitham Mohamed Abdelrahman (inspecteur NCAM)

Les fouilles de la nécropole méroïtique (Secteur II)

Sous la direction de Claude Rilly (directeur de la mission, épigraphiste) et Vincent Francigny (directeur adjoint, archéologue).

Sedeinga se situe entre la seconde et la troisième cataracte, sur la rive gauche du Nil, à une trentaine de kilomètres au sud de l’île de Saï. Le site a d’abord été connu pour les vestiges du temple de la reine Tiyi, la grande épouse d’Amenhotep III. Cette ruine romantique, avec son unique colonne encore miraculeusement debout, est hélas trop fragile pour que des fouilles puissent y être effectuées sans une coûteuse restauration des blocs de grès pulvérulents qui la composent.
Le site abrite également les vestiges d’une église chrétienne du Xème siècle.
Entre le temple et le désert grandiose qui dresse ses Gebels à l’ouest, s’étend, sur près de 40 ha, une immense nécropole napatéenne et méroïtique, la plus vaste actuellement connue et préservée en Nubie. Michela Schiff Giorgini entame l’étude du site de Sedeinga en 1963, sous l’égide de l’université de Pise, en annexe de celui de Soleb, dont elle a obtenu la direction. Les fouilles se concentrent alors sur la partie haute du secteur ouest, où sont mises au jour les riches sépultures des notables locaux (vers 200-250 de notre ère). Jean Leclant reprend le flambeau en 1979, puis Catherine Berger-El Naggar dirige les fouilles jusqu’en 2008.

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Tombe d’enfant.

La Sedeinga Archaeological Unit (SEDAU), mission française financée par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes et l’Université de Paris IV-Sorbonne (CNRS/UMR 8152, Orient Méditerrannée, composante Mondes pharaoniques), a repris en 2009 avec un nouveau directeur, une nouvelle équipe et un nouveau programme de recherche, centré sur le cimetière méroïtique. Le projet quadriennal se concentre en effet sur le Secteur II de la nécropole, l’objectif étant de comprendre la chronologie des enterrements et le mode de développement de cette partie du cimetière.
Deux rangées perpendiculaires de pyramides méroïtiques y avaient été mises au jour dans les années 1990. Après avoir défini les limites Nord (ouadi) et Est (carrière de sable) de ce groupe funéraire, l’équipe actuelle poursuit le dégagement de l’intérieur de l’ensemble. 26 pyramides et 57 tombes associées ont ainsi été découvertes. Les monuments construits en briques rougeâtres fortement érodés forment l’ossature ancienne des différents groupes funéraires de ce Secteur II. Deux pyramides comportent la même architecture interne très singulière en « jardin à la française », composée d’une coupole interne vide et de renforts latéraux sur les diagonales des monuments. Le nombre de pyramides à coupoles internes (avec ou sans croisillons) est désormais de 6 à Sedeinga, cette structure n’étant attestée ailleurs que par un seul exemple à Méroé Ouest.

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Pendentif en faïence glaçurée.

Les tombes sont malheureusement systématiquement presque entièrement vidées par les pillages répétés, parfois signés par un tesson chrétien. Quelques rares céramiques identifiables ont permis de dater une première utilisation de ces sépultures au méroïtique classique (vers le début de notre ère). La réutilisation de ces monuments s’est effectuée au méroïtique tardif, vers le milieu du IIIe siècle de notre ère, comme l’indique l’étude paléographique des inscriptions retrouvées sur cette partie du site.

La disposition des sépultures dans cette zone permet de proposer un scénario de développement de la nécropole : celle-ci ne se serait pas étendue uniformément d’Ouest en Est, comme on le suggérait auparavant, mais se serait constituée par groupes séparés, parfois contemporains, rayonnant autour d’une ou deux pyramides tutélaires. Les prochaines campagnes devraient permettre d’étayer cette hypothèse et de pousser plus avant les recherches anthropologiques, céramologiques et épigraphiques au fil des nouvelles découvertes.

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Stèle méroïtique et fac similé

En marge des objectifs du quadriennal en cours, plusieurs prospections et sondages ont été réalisés en 2010 et 2011. Une demi-douzaine de sites néolithiques et protohistoriques ont été mis au jour sur les marges occidentales du site par Hélène Delattre. On notera entre autres la découverte d’un horizon céramique proche de la culture Pré-Kerma, associé à un ensemble de fosses-greniers.

Éléments de bibliographie

Berger el-Naggar, C., « Contribution de Sedeinga à l’histoire de la Nubie », dans W. Godlewski et A. Atjar (eds.), Between the Cataracts, Proceedings of the 11th Conference for Nubian studies, Warsaw University, 27 August - 2 September 2006, Part One : Main Papers, PAM Suppl. Series 2.1., Varsovie, 2008, p.179-194.
Carrier, C., « Quelques inscriptions provenant du secteur II de la nécropole de Sedeinga », Meroitic Newsletter 28, 2001, p. 55-56.
Janot, F., F. Cartier, « Un enfant de l’époque napatéenne à Sedeinga », BIFAO 98, 1998, p. 215-222.
Janot, F., et alii, « Observations sur la phase d’activité napatéenne de la nécropole de Sedeinga », CRIPEL 17/2, 1997, 129-135.
Leclant, J., « Taharqa à Sedeinga », dans F. Junge (éd.), Studien zu Sprache und Religion Ägyptens, Festschriftw.westemborf, gutingen, p. 1113-1119.
Leclant, J., « Glass from the Meroitic Necropolis of Sedeinga (Sudanese Nubia) », Journal of Glass Studies, Corning, N.Y. 15, 1973, p. 52-68.
Leclant, J., et G. Soukassian, « L’église de Nilwa à Sedeinga », dans P. Plumley, Nubian Studies, proceedings for the symposium for Nubian studies, Cambridge, 1982, p. 155-161.
Reinold, J., « Les sépultures primitives de Sedeinga », dans C. Berger, G. Clerc et N. Grimal (eds.), Hommages à Jean Leclant 2, Le Caire, 1994, p. 351-369.
Rilly, C., V. Francigny, « The Late Meroitic Cemetery at Sedeinga. Campaign 2010 », Sudan & Nubia 15, 2011, p. 72-79.
Rilly, C., V. Francigny, « Excavations in Sedeinga. A New Start », Sudan & Nubia 14, 2010, p. 62-68.
Schiff Giorgini, M., « Soleb-Sedeinga. Résumé des travaux de la Mission pendant les trois campagnes automne 1965-printemps 1968 », Kush 15, 1967-1968, p. 251-268.
Schiff Giorgini, M., « Sedeinga 1964-1965 », Kush 14, 1966, p. 244-261.
Schiff Giorgini, M., « Première campagne de fouilles à Sedeinga,1963-1964 », Kush 13, 1965, p. 112-130.

Article publié le 7 février 2018

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