Autres fouilles Françaises

Fouilles de l’université de Lille III Charles de Gaulle

Zankor et Abou Sofyan

Sous la direction de Brigitte Gratien

Situé au sud du Ouadi el-Milk, le long duquel se déroule la fameuse « Piste des 40 Jours » qui traverse le Darfour et le Kordofan, le site de Zankor était connu depuis longtemps pour son ensemble de colonnes monolithes se dressant au milieu de la steppe aride.

Exploré par des prospections anglaises du temps du Condominium, ce n’est qu’en 2002 qu’il a fait l’objet d’une véritable fouille archéologique par la Mission archéologique de Gism el-Arba (université de Lille III) dirigée par Brigitte Gratien.

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Zankor, vue du site de la ville

La fouille de Zankor est une entreprise courageuse et pionnière. En effet, les conditions de travail y sont extrêmes, y compris pour des archéologues aguerris. Scientifiquement, la situation n’est guère plus facile [car les fouilleurs se sont toujours préoccupés en priorité de la Vallée du Nil et les parallèles manquent donc pour pouvoir identifier les cultures représentées sur le site, dont évidemment aucune ne connaissait l’écriture. Pourtant, alors que le lien entre les civilisations de la Vallée du Nil et l’Afrique intérieure a fait l’objet de centaines de publications de valeur inégale, seule la Mission de Gism el Arba a décidé de sauter le pas et d’aller à la recherche de témoignages archéologiques.

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Zankor, camp de base

En étendant la prospection sur un périmètre d’une vingtaine de kilomètres autour du site, il s’est avéré que le peuplement de cette zone était très ancien, remontant jusqu’au paléolithique moyen. La population et le nombre de sites augmentent au fil du temps, et se retrouvent plus particulièrement à l’abri du vent, autour des djebels qui ponctuent la plaine. Les cimetières sont quant à eux installés en terrain découvert, dans la steppe. Ces cultures ne sont pas encore identifiées ni précisément datées, par manque d’éléments de comparaison, mais les recherches se poursuivent dans ce sens.

Plusieurs niveaux d’occupation sont néanmoins connus. Le premier date du IIe millénaire av. J.-C. et se caractérise par des habitations légères, un outillage lithique et une très belle céramique polie au décor incisé.

Le second niveau est très bien représenté, particulièrement à Zankor. Datée des environs de l’an zéro, cette culture est contemporaine de celle de Méroé mais aucun vestige méroïtique n’a encore été découvert.

Des murs épais renforcés de tours d’observation constituaient une large muraille englobant une zone de 1,3 sur 1,8 kilomètres sur le faîte du djebel Zankor. Plus bas, une zone d’habitation moins peuplée était également comprise dans l’enceinte. Un système de récupération des eaux de pluie et deux citernes aménagées en hauteur ravitaillaient la cité. On déplore la quasi destruction du site, dont les grandes briques ont été réutilisées dans des constructions modernes, mais on sait néanmoins que ces maisons anciennes comprenaient plusieurs pièces, groupées ou en enfilade. Des cercles formés de piliers de pierre polie suggèrent des lieux de cultes.

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Zankor, vestiges de la ville

La céramique y est singulière, grossièrement façonnée, montée sur vannerie, couverte d’un engobe rouge et parfois ornée d’un décor géométrique.
Mais l’occupation des lieux semble avoir été de courte durée, et l’on peut penser que Zankor était le siège d’une principauté à part, sans lien avec les civilisations qui règnent sur la vallée du Nil à la même époque.

Les occupations ultérieures ne sont pas bien identifiées et la ville de Foga est le seul site urbain actuellement connu. Il semble que la région ait vécu un nouvel âge d’or aux XIIIe et XIVe siècles, mais là encore, aucune correspondance convaincante n’a pu être établie avec les royaume chrétiens contemporains de la vallée du Nil.

De nombreux cimetières de toutes les périodes jalonnent la plaine, composés de tombes pour la plupart recouvertes de tumuli de pierre. Certaines se distinguent par un tumulus plus élevé, édifié au centre d’un quadrilatère de pierres levées. L’un des plus remarquables exemples de ce type de sépulture est visible aux environs de la ville de Zankor et a été daté au C14 de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle.

La région pourrait ensuite avoir perdu de son importance du fait de la raréfaction en eau. Les centres d’influence se seraient alors déplacés vers le sud-ouest.

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Zankor, relevé d’un tumulus par G. Nogara et V. Francigny

En 2005 a débuté la prospection du site d’Abou Sofyan, à 250 kilomètres au
Nord de Zankor. Depuis sa découverte en 1923 et un premier sondage en
1935, seuls un grand tumulus et quelques gravures rupestres ont été

mentionnés, toujours sans rapport avec les cultures de la vallée du Nil, ni même avec Zankor. La prospection a donc débuté dans un périmètre de 20 x 20 kilomètres. Le site le plus ancien y figurant date du paléolithique moyen.

L’une des découvertes les plus remarquables est un petit cimetière néolithique d’une dizaine de tumuli précédés d’une double allée de pierres levées. Un sanctuaire de stèles pourrait aussi avoir existé non loin de là.

Plus tardivement, les habitats sont moins nombreux et plus concentrés qu’à Zankor mais les cimetières sont multiples et dispersés. A Abou Sofyan même, se trouve une zone d’habitation complètement ensablée reconnaissable à son enceinte et une nécropole. La tombe la plus importante mesure 50 mètres de diamètre et plus de 3 mètres de haut, coiffée d’un tumulus de briques.

La céramique locale semble contemporaine de l’ère méroïtique et du site de Zankor, bien qu’elle présente quelques similitudes avec celle de Kerma, bien antérieure.

Une autre ville ceinte de pierres domine une zone habitée, comme à Zankor, mais selon un schéma un peu différent de la division ville haute/ville basse.

Un aspect particulier à Abou Sofyan doit être signalé : des peintures rupestres de toutes les époques représentent la faune sauvage ou des personnages grossièrement stylisés, jusqu’à des dromadaires montés pour les dessins les plus tardifs.

La zone sud du Nil à proximité de la Piste des Quarante Jours a donc été occupée par l’homme de façon quasi continue depuis la préhistoire, mais semble être restée à l’écart des civilisations de la vallée. Il faut donc envisager une succession de royaumes indépendants le long de ces routes commerciales, avant l’extension du sultanat du Darfour vers le Kordofan et les campagnes des Fungs du Soudan Central.

Article publié le 7 février 2018

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