Fouilles programmées de la SFDAS

Un établissement urbain méroïtique à proximité de la capitale impériale

El-Hassa

Fouille engagée en 2000

Sous la direction de Vincent Rondot.
Equipe : René-Pierre Dissaux, Giorgio Nogara, Faïza Drici, Serge Feneuille, Marc Maillot, Claude Rilly, Louis Chaix, Christine Heuraux, Mohamed Farouk Abdel Rahman, Yassine Mohamed Saïd, Ahmed el-Amin Ahmed, Ali el-Merghani, Habab Idriss, Rihab Khider, Ina’am Abdel Rahman, Abdel Moneim Ahmed Abdallah, Nada Babiker Mohamed.

En 2000 a été lancé un programme de fouille sur le site urbain méroïtique d’el-Hassa (Boutana, Soudan), en rive droite du Nil, à vingt km au sud des pyramides de Méroé. Cette fouille est engagée dans le cadre de la SFDAS et en partenariat avec la National Corporation for Antiquities and Museums. Elle est rendue possible grâce à aux soutiens financiers et logistiques et en personnels de la NCAM, de l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, de l’UMR 8027 du CNRS et de la SFDAS. L’Université de Shendi y participe également en déléguant ses maîtres de conférences sur la fouille.

Une première campagne de cartographie du site a été réalisée à l’automne 2000 et les résultats en ont été publiés dans le CRIPEL 23. De 2002 à 2004, trois campagnes de fouille ont été réalisées qui ont amené à la découverte du temple à Amon construit au centre de cet établissement impérial méroïtique.

La connaissance que nous avions du site avant qu’y soient engagées les premières fouilles tenait aux descriptions que nous en ont faites Burckhardt (1814), Linant de Bellefonds et Cailliaud (1822) ainsi qu’à la découverte fortuite en 1975 de la statue monumentale d’un bélier au nom d’un qore encore fort peu connu, Amanakhareqerem. Sa publication par Shinnie et Bradley le fit entrer dans le Répertoire d épigraphie méroïtique sous le n° REM 1151.

Les premiers sondages ont abouti, en 2002 à la découverte du temple à Amon d’el-Hassa. Son entrée est marquée par un pylône de briques cuites de 25 m de façade et dont les môles étaient décorés d’un mât à oriflammes porté par une base en grès. La porte principale ouvrait sur une salle à passage axial ouvert et à portiques latéraux portés par des piliers de brique cuites et des colonnes en grès. De nombreux indices indiquent que le temple a connu une période d’abandon significative, avec installation domestiques dans cette première salle, avant d’être reconstruit à une période déjà tardive (IVe siècle). Lors de la campagne 2005 (15 octobre – 15 décembre), le sanctuaire du temple a été atteint. Sous l’écroulement du plafond voûté de la salle, écroulement qui a scellé le matériel archéologique en place, a été retrouvé tout un ensemble d’objets cultuels. Des armes d’apparat néolithiques et des objets de facture égyptienne y voisinaient avec des productions purement méroïtiques (bronzes et faïences).

Le qore Amanakhareqerem

Qore est le titre que les Méroïtes donnaient à leur empereur. Du qore Amanakhareqerem, nous ne savions, il y a peu, que très peu de choses. Il ne nous était en effet connu que par quatre documents à son nom parmi lesquels les textes gravés sur les bases de deux statues de béliers. La découverte en 2002 d’une troisième statue de bélier à son nom, sur le site même d’el-Hassa et à son emplacement d’origine, est venue confirmer qu’Amanakhareqerem était le constructeur du temple à Amon d’el-Hassa. Comme souvent dans l’archéologie du Soudan, une trouvaille récente peut nous apprendre beaucoup. Ainsi, une inscription découverte en 1998 par la mission du musée de Berlin à Naqa, est venue fournir la première graphie en méroïtique cursif du nom de ce souverain. Comme les écritures cursives ont une évolution beaucoup plus rapide et plus perceptible que celle des hiéroglyphes, aux formes plus figées, ce texte a permis à Claude Rilly de proposer une datation pour le règne du qore Amanakhareqerem : il aurait été empereur dans les années 80-90 de notre ère. Depuis, nos collègues du musée de Berlin ont, eux aussi, mis au jour un temple construit et décoré par cet empereur. Ainsi disposons-nous aujourd’hui de deux temples au nom d’Amanakhareqerem et de nouvelles propositions pour sa place dans la chronologie des souverains méroïtiques.

Les bronzes d’el-Hassa

En 2005, les archéologues de la Section française des antiquités du Soudan et de la National Corporation for Antiquities and Museums on découvert lors de la fouille du temple d’el-Hassa, trois objets de bronze pris dans les ruines du sanctuaire. Parmi eux, un buste féminin retenait l’attention.

Grâce à l’un des membres de la mission et en concertation avec les services de restauration du musée de Khartoum, un programme de mécénat a été organisé pour l’analyse et la restauration de ces trois bronzes avec les Laboratoires Recherche & Développement – Valectra du groupe Electricité de France (EDF).

Les trois bronzes sont arrivés au laboratoire Valectra en janvier 2007. La première opération a consisté à stabiliser la corrosion encore active du métal par électrolyse. Les analyses réalisées ensuite ont confirmé qu’il s’agissait bien de bronze, c’est-à-dire un mélange de cuivre et d’étain. Ensuite, la surface originelle a été retrouvée par un dégagement mécanique sous loupe binoculaire des produits de corrosion qui piégeaient la forme et les détails voulus par l’artisan.

Le buste de femme s’est révélé être un buste de reine méroïtique, peut-être la candace dont parlent les textes. Elle porte les cheveux courts et un bandeau maintient un cobra dressé sur son front. Ses oreilles sont percées pour recevoir des boucles d’oreille véritables. Tout indique que ce buste faisait partie d’un sceptre ou d’une canne cérémonielle et il apparaît déjà comme une œuvre d’art originale des bronziers de l’empire méroïtique.

Après avoir séjourné dix mois en France, les trois bronzes restaurés reviennent aujourd’hui au Soudan où ils pourront maintenant être exposés dans les salles rénovées du Musée national du Soudan, à Khartoum.

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Éléments de bibliographie
P. Lenoble, V. Rondot, “À la redécouverte d’el-Hassa. Temple à Amon, palais royal et ville de l’empire méroïtique”, CRIPEL 23, 2003, p. 101-115.
V. Rondot, P. Lenoble, “El-Hassa, au cœur de l’empire méroïtique”, Archéologies. 20 ans de recherches françaises dans le monde, Maisonneuve et Larose - ADPF, 2005, p. 399-401.

Article publié le 7 février 2018

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