Fouilles programmées de la SFDAS

Kadrouka dans le ouadi el-Khowi : nécropoles néolithiques

Kadrouka

Sous la direction d’Olivier Langlois, Philippe Chambon, Pascal Sellier.

Equipe : Emma Maines (doctorante Paris I), Aline Thomas (anthropologue, UMR 7206), Louiza Aoudia (anthropologue, Paris X), Rebiha Smaïl (archéologue, Univeristé d’Alger), Claire Martha (dessinatrice, Arts et Métiers Strasbourg), Lucie Cez (doctorante, Paris I), Wanda Zinger (archéologue, UR 7206), Hassimi Sambo (archéologue, Université Yaoundé), Lionel Gourichon (archéozoologue, CEPAM), Mohamed Saad (inspecteur NCAM) et Hisham Krar (inspecteur NCAM).


Le ouadi el-Khowi, qui correspond à d’anciens bras ou cours du Nil, se situe en rive est du fleuve, au sud de la troisième cataracte. Il est occupé par une grande densité de sites funéraires et d’habitats parmi lesquels ceux du Néolithique tiennent une place importante. L’érosion éolienne a considérablement abrasé les sites d’habitat qui ne se signalent plus aujourd’hui que par des épandages de matériel en surface. Les cimetières, en revanche, parce qu’installés sur des buttes, ont bien résisté et leur fouille est aujourd’hui le moyen privilégié pour comprendre les sociétés habitant la région entre les VIe et IVe millénaires.
Les interventions de sauvetages menées par la SFDAS — la région est en effet depuis plusieurs années très concernée par les programmes de développement agricole — ont identifié une cinquantaine de ces sites néolithiques, funéraires ou d’habitat. Sur la vingtaine de cimetières connus, six ont été fouillés exhaustivement ou partiellement par la SFDAS. À l’exception de deux tertres funéraires qui doivent dépasser le millier de tombes, les autres renferment un peu plus d’une centaine d’inhumations. Près de 700 sépultures, dont les dates sont approximativement incluses entre 4 800 et 4 000 avant notre ère, ont pu être enregistrées. Les constantes et les variantes observées dans le domaine de la culture matérielle et des coutumes funéraires paraissent traduire à la fois l’homogénéité de ces populations et une évolution rapide de leur tissu social. Ces cimetières témoignent d’une organisation où la hiérarchisation se fait de plus en plus forte. Au cours du Néolithique, des chefferies se mettent en place avec l’émergence d’un personnage dominant. Ces sociétés vont constituer les bases des premiers états protohistoriques, préludant ainsi à l’apparition des premiers royaumes.

Les campagnes en cours se concentrent sur la fouille du kôm KDK 23 et de l’habitat KDK 23H ainsi que l’identification et la protection des gisements majeurs présents dans la région. La poursuite de la fouille du cimetière KDK 23 a permis de mettre au jour 25 nouvelles sépultures et d’en repérer sa limite orientale. Avec ces découvertes, le nombre total de tombes identifiées dans cette nécropole s’élève à plus de 100. La densité est exceptionnellement forte : jusqu’à cinq individus enterrés successivement dans un espace à peine supérieur à 1 m2. Il est possible d’observer la façon dont les restes humains antérieurs étaient traités dans le cas de recoupements de sépultures : os sectionnés ou arrachés, squelette réintroduit dans le comblement d’une nouvelle inhumation, vestiges replacés avec ménagement aux côtés du nouveau défunt. D’autre part, l’installation préférentielle des plus jeunes sujets dans les niveaux supérieurs, déjà remarquée au cours des missions précédentes, est confirmée par les dernières investigations. Il reste à comprendre si cette implantation est liée à une chronologie spécifique de ces inhumations.
De nombreuses fosses d’ancrage de poteaux attestant de la présence de structures d’habitat ont été mises au jour dans le secteur KDK 23H, proche du cimetière KDK 23. Ces fosses sont accompagnées par quelques lambeaux de niveaux archéologiques localisés à proximité d’un foyer identifié en 2016. La densité des fosses diminue en amont du paléochenal du Nil localisé en 2016. L’étude géoarchéologique du secteur suggère que les installations domestiques les plus anciennes, contemporaines de la nécropole KDK 23, ont été détruites par le passage du fleuve : seuls les vestiges se rapportant au Néolithique le plus récent ont été préservés. Les prospections menées cette année amènent à penser que cette situation n’est pas propre au secteur de KDK 23. De fait, alors que nombre de kôm semblent avoir accueilli des morts durant une large partie du 5e millénaire, les habitats qui les avoisinent présentent à leur surface un mobilier céramique qui se rapporte à la toute fin de cette période.

En réponse à l’expansion des cultures agricoles, une série de prospections a été effectuée dans la région de Kadruka afin d’en identifier les gisements archéologiques les plus prometteurs. L’utilisation des terres pour l’agriculture ne permettra pas de préserver l’ensemble des sites et il convient de délimiter et protéger au plus vite ceux qui apparaissent comme majeurs. En particulier, la zone KDK 5, qui correspond à un vaste « habitat-épandage » a fait l’objet de deux sondages de 9 m² destinés à évaluer leur état de conservation et à préciser la nature des niveaux et des structures archéologiques en présence. Tous ont révélé de nombreuses fosses d’ancrage de poteaux, apparues immédiatement sous le sable superficiel. L’une d’elle, qui a traversé un foyer, témoigne même d’une succession, en ce lieu, d’au moins 4 niveaux d’occupation. Des démarches ont été engagées auprès des autorités locales afin de préserver des cultures une vingtaine de sites considérés comme majeurs ou représentatifs des occupations du secteur.

Éléments de bibliographie :

- J. Reinold, « El Neolitico en Sudan », in Nubia, Los reinos del Nilo en Sudan, catalogue de l’exposition à Barcelone et Madrid, Fundacion « La Caixa », 2003, p. 28-34 .
- J. Reinold, Archéologie au Soudan. Les civilisations de la Nubie, Éditions Errance, Paris, 2000.
- J. Reinold, « Le Néolithique de Haute Nubie. Traditions funéraires et dtructures sociales », Bulletin de la Société française d’égyptologie n° 143, Paris, 1998, p. 19-40.
- J. Reinold, « El-Kadada et Kadruka », dans Nubie. Les cultures antiques du Soudan (B. Gratien et F. Le Saout éd.), Lille, 1994, p. 51-66 et 70-86.
- J. Reinold, « Néolithique soudanais : les coutumes funéraires », dans Egypt and Africa. Nubia from Prehistory to Islam (W.V. Davies éd.), Londres, 1991, p. 16-29.

Article publié le 7 février 2018

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